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Réflexion - Henry et moi : deux Unitariens à Grand-Pré

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Quelques réflexions sur le bicentenaire de Longfellow
et la pérennité d’Évangéline

Longfellow

Juillet 2007. Ma randonnée annuelle de cyclotourisme m’a toujours procuré maintes occasions d’explorer des sites historiques significatifs, mais cet été j’ai été particulièrement choyé. J’ai visité le « Lieu historique national du Canada de Grand-Pré » où, plus précisément, j’ai fait un pèlerinage au pays d’Évangéline.

Je connaissais la triste histoire du « grand dérangement » mais, bon écolier, j’ai lu et écouté attentivement l’excellent matériel écrit et audio-visuel qu’on nous proposait dans le « centre d’interprétation ». Il me fallait quand même languir un peu avant de voir la statue d’Évangéline devant l’église « commémorative », que je devinais située quelque part derrière le centre, puisqu’elle a cherché toute sa vie son Gabriel. Aussi, j’espérais voir, je ne savais pas trop où, son créateur, mon coreligionnaire Henry Wadsworth Longfellow. J’ai trouvé son buste et sa plaque de bronze à quelques pas de la statue de son Évangéline.

Longfellow. C’est le bicentenaire de sa naissance. Il est né à Portland, dans ce qui allait devenir l’état du Maine (le 27 février 1807), et cette année plusieurs Américains  rendront hommage à un de leurs plus grands poètes. Il sera question, entre autres, du poème qui nous concerne ici, Évangéline : A Tale of Acadie, un de ses « tubes »; c’est un poème épique, une très très belle histoire d’amour, qui a fait le tour du monde et a mis le peuple acadien « sur la mappe » comme on dit. Or en Acadie, outre le Musée de l’Université de Moncton qui a organisé une exposition pour l’occasion, il y aura peu de gens qui souhaiteront Bonne Fête à Henry. Il a sa place... au musée.

Évangéline Bellefontaine, par contre, a encore sa petite place chez le peuple. À la 45e édition du Festival de Caraquet, on aura procédé au « Choix du couple Évangéline et Gabriel ». Aussi, la chanson Évangéline (paroles et musique de Michel Conte) peut encore émouvoir tout ceux qui ne sont pas de marbre. Mais sa cote a diminué. On est  loin de l’époque où la « pôvre » Évangéline était omniprésente, marque de commerce pour les chocolatiers et les embouteilleurs. 

Tant mieux. Évangéline a contribué à la « renaissance acadienne » mais le peuple acadien a beaucoup grandi depuis sa « renaissance » il y a plus d’un siècle et demi. Lors du fier « tintamarre » annuel, on constate que les Acadiens sont bel et bien vivants, qu’ils ne sont plus seulement un objet d’Histoire et de Romance comme à l’époque de Longfellow.

Je ne crois pas que mon ami Henry s’en formaliserait. On a oublié sa fête et son Évangéline prend de moins en moins de place mais je suis convaincu que cet intellectuel, professeur de langues modernes et rédacteur de manuels pédagogiques (en français s’il-vous-plaît), serait profondément heureux de savoir que son poème a fait beaucoup de petits au pays d’Évangéline. Son biographe Calhoun, nous dit  que « …les influences culturelles peuvent survivre au déclin de la renommée de la personne qui les a engendrées ». Notre Henry est modeste et discret ; il n’a pas besoin des feux de la rampe, il ne craint pas l’ombre (les chercheurs viennent à peine de découvrir les appuis discrets qu’il apportait, unitarien donc abolitioniste, aux esclaves en fuite). Je crois qu’il a écouté avec passion le récit d’un clerc sur un couple acadien séparé par la déportation brutale et qu’il a ensuite écrit Évangéline parce que lui, moi et les autres UU croyons à « la justice, l'équité et la compassion comme fondements des relations humaines ».

Alors, je vous assure que même s’il n’était pas en mesure d’enfourcher un vélo pour continuer avec moi la randonnée de l’été 2007, il m’a persuadé qu’un poète peut être bicentenaire et oublié, mais qu’un poème, un seul poème (comme un discours, un geste, une pétition…), peut être intemporel, universel et empreint de bonté.  D’ailleurs, son frère Samuel, pasteur unitarien, nous a dit d’Henry : « Il ne parlait pas beaucoup de théologie, mais croyait à la suprématie de la bonté dans le monde et dans l’univers ».

 

Maurice Cabana-Proulx


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Last Modified 12/12/07 12:12 AM